Nous sommes architecte-urbaniste et paysagiste mais aussi médecin retraitée, engagées pour un autre avenir, celui qui se décide avec les gens, les petits et les grands.
Aujourd’hui notre témoignage se veut paysage même s’il accompagne souvent un bâti avec une histoire passée ou à inventer. Nous pensons d’abord au bien vivre.
Dans ce bien vivre nous sommes sûrs que le paysage a une place essentielle. Celle de la terre, de l’eau, du végétal qui pousse et nourrit l’âme autant que le corps.
Notre travail consiste alors à réconcilier l’homme et cette terre abandonnée, délaissée, et malmenée autant que la vie qui l’accompagne.
La situation est complexe, l’urgence est là : inondations, canicules, sécheresses, pollution des sols, épuisement des ressources …
Notre réponse est sans équivoque : Plantons ! Jardinons ! Réinventons !
Recréons ce lien qui nous manque à tel point que l’on décrit des syndromes de manque de nature. Maintenant, les perceptions personnelles sont étayées par les études scientifiques réalisées notamment cette dernière décennie, démontrant à quel point le jardin soigne autant qu’il nourrit.
Le jardin rend curieux, apprend à aimer, à faire attention… à l’autre aussi. Il lutte contre la dépression, les troubles cognitifs, les maladies mentales, les troubles de l’attention, la malbouffe avec son cortège de maladies, il rend actif. Une arme thérapeutique mais aussi pédagogique.
Vous l’aviez bien imaginé, vous le jardinier, mais maintenant nous pouvons l’affirmer haut et fort.
Reste à vous embarquer dans cette vision au gré du vent, de la pluie pour essayer de rendre heureux ceux qui nous entourent, c’est notre but.
Imaginez fuir les magasins et faire votre petit tour du potager pour régaler vos convives ce midi, avec quelques somptueuses tomates de toutes les couleurs aussi fruitées les unes que les autres, des concombres croquants de fraîcheur.
Reste que pour convaincre il faudra charmer, séduire pour vous emmener dans un consensus pour accepter la Vie, celle dont on n’a plus l’habitude. Sans elle, pas de tomates goûteuses, pas de concombres généreux, pas d’herbes qui se balancent dans la brise. Il faudra renouer avec le brin d’herbe qui dépasse, délaisser les engrais ceux qui explosent à Toulouse comme à Beyrouth, les machines qui polluent et font du bruit pour produire des paillassons desséchés, l’été venu, un peu partout dans nos villes et campagnes.
Comme si vous vous réensauvagiez pour que la Vie domine sans artifices et convenances inventées. Facile pour ceux qui ont folâtré dans les grandes herbes et les boutons d’or sous les pommiers en fleurs de l’Avesnois, de leur jeunesse insouciante et libre ! C’était hier !
Dans notre pratique, nous travaillons à rendre ce retour à la nature consensuel, en introduisant harmonie, esthétisme, poétique de l’espace, générosité et gaieté. Ces mêmes valeurs guident notre manière de construire, en retrouvant un lien à la terre. Assembler le bois pour charpenter les lieux, construire avec l’argile de nos sols, isoler avec la paille et l’herbe, généreuses ressources de notre territoire. Nous jouons avec le cycle naturel de la matière, tout en lui offrant plusieurs vies. Pensez à vos vieilles charpentes, dont les grumes grossièrement équarries ont déjà abrité tant de générations. Ces bonnes pratiques sont les garants de notre bonne santé.
Nous composons avec notre vaste palette grâce à une fine connaissance des végétaux, cultivés et testés au jardin familial de Maroilles, classé Jardin Remarquable par le Ministère de la Culture de 2006 à 2015.
Toute la diversité végétale est utilisée, peu importe son origine dans la mesure où elle préserve l’esprit du paysage bocager. Ce qui importe le plus aujourd’hui, c’est la résistance face au changement climatique. Nous nous nourrissons de tous les savoirs botaniques partagés du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Nous ne sommes pas à considérer l’invasion possible par telle ou telle plante car elle reste anecdotique face à l’ampleur de la tâche à accomplir. Elle ne survient aussi que sur des sols dégradés qu’il faut reconquérir en plantant judicieusement avec une gamme diversifiée et efficace.
Une diversité qui enchante l’œil et tous les sens, à condition qu’elle vive avec les Hommes, qu’ils apprennent à la regarder, à la connaitre, à s’en réjouir, à l’entretenir et à la reproduire.
Le voyage sera à ce prix, mais quel beau voyage !
On voit dès lors, qu’il s’agit d’éduquer et d’apprendre à faire ensemble. C’est dans ce but que nous avons créé une pépinière pédagogique. Elle propose un nouveau regard sur le végétal, elle réouvre le royaume de la diversité, elle réenchante les textures, les graphismes et les couleurs au fil des saisons.
Nous accompagnons les jardiniers présents et à venir, les personnes qui travaillent, vivent ou résident dans les jardins créés et revisités, grâce à des formations régulières et thématisées.
Partageons le savoir, Recréons du lien, du savoir-faire, de la vie pour redonner espoir en l’Avenir.
Les enjeux nous obligent à être optimiste et persuasif, même si la tâche est immense, tant nous avons désappris du vivant.
Quand nous dessinons un jardin petit ou grand nous travaillons une palette graphique, colorée qui emmène tout au long de l’année dans une aventure sensuelle, apaisante et joyeuse. Cette diversité plantée est aussi destinée à accueillir la vie, donnant refuge et nourriture à tout un peuple visible ou invisible, qui rend la terre fertile et généreuse, car vivante.
Dans l’extravagante idée du « faire propre » en vogue dans notre société, on désherbe aussi la mémoire des lieux tout en refusant la vie présente et en polluant les sols, l’eau pour les générations futures.
L’ordre c’est bien souvent l’uniformité déprimante. Aujourd’hui la plupart des espaces qualifiés de « vert » sont des déserts pour la vie, pire, ils augmentent les risques liés au changement climatique et aggravent celui-ci.
Oublions l’expression « espace vert », pour réintroduire des parcs, des jardins, des squares, des mails plantés, des jardins de curé, des enclos, des courtils, des jardinets, des prairies, des clairières, des taillis, des bosquets, des futaies, … le champ des possibles est vaste et sans limite, à réinventer avec le Lieu et les Habitants.
La nécessité de l’adaptation climatique est un puissant moteur. Elle engendre réflexions, travail de recherche, notamment sur les meilleures plantes à introduire ou à réintroduire, en puisant dans la vaste banque botanique internationale à notre disposition. Le brassage des espèces de tous les continents existe depuis la nuit des temps, c’est un véritable trésor de partage et de « mondialisation » positive.
Pour laisser courir le hérisson, il faudra bien quelques feuilles de salades dévorées par les limaces. Le jardin est un compromis permanent entre tous ses acteurs, nécessitant une bienveillance à réinventer, une empathie à travailler, porteuse de sens jusque dans les fondements de notre société.